Le réseau des Centres régionaux d’Etudes, d’Actions et d’Informationsen faveur des personnes en situation de vulnérabilité

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Etudes du réseau des CREAI

Situations complexes/difficiles dans le champ des personnes âgées et du handicap et coopération avec le secteur de la psychiatrie

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CREAI Centre-Val de Loire
Parution : Décembre 2016
Auteur(s) : Laëtitia Martineau


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Résumé :

Dans le cadre du Plan Stratégique Régional de Santé (PSRS) et le Schéma Régional d’Organisation Médico-Social (SROMS) de la région Centre-Val-de-Loire, qui mettent en avant la nécessité de développer la coordination entre les acteurs du médico-social et du sanitaire, question d’autant plus prégnante dans le cadre des situations dites complexes, la Délégation Territoriale ARS Indre-et-Loire a sollicité le CREAI Centre-Val-de-Loire  pour réaliser une étude-diagnostic autour de la coopération entre le secteur du handicap et des personnes âgées et le secteur de la psychiatrie.

Le questionnement est le suivant : quelle coopération entre le secteur psychiatrique et ces établissements médico-sociaux pour améliorer la fluidité du parcours et la qualité de la prise en charge ? Quels accompagnements sont menés par les ESMS auprès de personnes en situation dite complexe ?

A travers la démarche de concertation sur une définition partagée des situations complexes, pour les deux champs (personnes âgées et personnes en situation de
handicap), le constat partagé est celui d’une évolution des publics accompagnés et une plus grande hétérogénéité dans le profil des personnes accompagnées, ce qui peut rendre plus complexes le travail réalisé et l’accompagnement mené.

A travers la description des situations complexes et parfois difficiles pour les professionnels des ESMS interrogés, on constate l’existence de situations à la frontière des secteurs qui construisent le champ de l’aide et de l’action sociales. Celles-ci interrogent et remettent en cause une certaine « plasticité » de ces différents secteurs.

La notion de situation complexe ne signifie pas, pour les professionnels, que ces situations ne relèvent pas de leurs missions. Ces situations ne sont pas uniquement liées aux caractéristiques et aux besoins des personnes accompagnées, mais par exemple à leur entourage et/ou à leur environnement. Ces situations sont à un instant T. Ces situations ne sont pas toujours rattachées à des situations de violence.

Un questionnement qui apparaît plus large que le champ des personnes âgées et du handicap.

Le point commun de ces situations, qualifiées de difficiles pour les professionnels, est qu’elles viennent questionner non seulement les pratiques, réinterroger les modalités d’accompagnement, l’organisation interne, mais également l’organisation des secteurs dans leur ensemble.

Les situations « bloquantes » identifiées :

  • Ces situations sont minoritaires au sein des structures mais elles demandent un temps de travail très conséquent pour les équipes.
  • Les personnes qui ont eu un suivi psychiatrique et qui refusent le soin OU les personnes qui refusent le soin.
  • Difficultés renforcées pour les ESMS ne disposant pas de temps de médecins psychiatres ou de psychologues.
  • Des ruptures dans les parcours des personnes.

Pour le champ du handicap : des ruptures identifiées dans les parcours :

  • Le passage du secteur enfant au secteur adulte (exemples : arrêts de suivis médicaux,
  • manque de transmission d’informations entre ESMS).
  • Des structures pour adultes moins dotées en professionnels ressources, plus en difficultés.
  • Dans le passage entre le secteur sanitaire et le secteur médico-social.

Des ressources variables en fonction des secteurs.

  • Des ESMS en cours ou en projet de travail sur leur projet d’établissement ou de service.
  • Des adaptations facilitées dans le champ du handicap.

Les leviers identifiés pour l’adaptation des pratiques en ESMS :

  • Des réorganisations des modalités d’accueil et d’organisation.
  • Un accompagnement à l’adaptation des pratiques professionnelles :

- le travail d’équipe et la coordination interne,
- des temps de réunions cliniques,
- la mise en œuvre de temps d’analyse de la pratique,
- la formation continue,
- l’appui de professionnels ressources internes (médecins psychiatres, psychologues
notamment),
- l’intervention de ressources extérieures pour les situations problématiques (pour un
appui des professionnels et, éventuellement, un suivi individuel).

 

 




Commanditaire(s) :

DT ARS Indre et Loire

Zones Géographiques :

Centre-Val de Loire

Méthodologie :



Principaux résultats :

Six pistes de travail émergent, concernant tant l’accompagnement mené au sein des ESMS que s’agissant de leur coopération avec le secteur de la psychiatrie.

1. Interconnaissance des acteurs

  • Sur les missions de chacun (secteur psychiatrique, ESMS, protection juridique). Par le biais d’un travail territorial porté par les autorités en organisant des temps de rencontre entre professionnels de santé, sociaux et médico-sociaux.
  • Sur les troubles psychiques (auprès de l’ensemble des acteurs : libéraux, professionnels des ESMS, représentants légaux…) : pour une définition communément partagée.
  • Communiquer sur l’ensemble des dispositifs et des ressources existantes par territoire. Cette interconnaissance pourrait, par exemple, être réalisée dans le cadre de CLSM.

2. Adaptation de l'offre

  • Permettre une adaptation de certains plateaux techniques au sein des ESMS en fonction du profil des personnes accompagnées (exemple : prévoir plus de temps de professionnels éducatifs pour les structures médicalisées ayant un public « jeune »).
  • Renforcer les ressources en psychiatrie pour les ESMS, par exemple par la mutualisation de postes entre différentes structures, l’intervention d’associations spécialisées pour une sensibilisation des professionnels.

Pour le champ du handicap :

  • Travailler avec les ESMS en lien avec la MDPH sur les ruptures de parcours, notamment le passage vers le secteur adulte et le vieillissement des personnes en situation de handicap.

Pour le champ des personnes âgées :

  • Adapter l’offre à l’évolution des besoins et des profils des résidents en EHPAD. Par exemple, réfléchir à la mise en place d’un dispositif spécifique, ou des EHPAD spécialisés ou des unités spécialisées en EHPAD en psychiatrie. Le questionnement sur la solution la plus adaptée pour ces personnes est à poursuivre, sur le département de l’Indre-et-Loire, avec l’ensemble des acteurs concernés (ARS, Conseil Départemental, MDPH, ESMS, secteur de psychiatrie, associations spécialisées).
  • Communiquer sur le rôle et les missions du service de gérontopsychiatrie.
  • Etendre les modalités de recours au service de gérontopsychiatrie via l’utilisation de la
  • télémédecine. 

3. Coordination territoriale avec l’ensemble des acteurs intervenant auprès des personnes

La notion de parcours implique de partir des besoins d’une personne pour lui proposer une réponse adaptée et une orientation adéquate. D’un point de vue organisationnel, cette notion de parcours suppose de décloisonner et de coordonner.

  • Renforcer la coordination autour de situations difficiles, notamment pour permettre une anticipation des situations critiques et faciliter les passerelles, notamment entre le secteur de la psychiatrie et le médico-social mais aussi pour le handicap, entre le secteur enfant/adulte et adulte/dépendance.
  • Mettre en œuvre une instance de coordination pérenne avec l’ensemble des acteurs : associations, établissements de santé, Aide Sociale à l’Enfance, représentants légaux, UNAFAM, médecins libéraux… Pour ce faire, il convient de définir, en amont, le pilote et le territoire le plus adapté (communes, pays, département). Dans ce cadre, les instances instaurées par la loi Santé pourront permettre cette coordination en santé mentale, notamment sur le territoire.

4. Accompagnement des personnes au sein des ESMS

  • Consolider le partenariat entre ESMS, notamment pour faciliter les possibilités de séjour de rupture inter-ESMS. Dans ce cadre, mener un travail en lien avec la MDPH permettant de faciliter les passerelles inter-ESMS.
  • Poursuivre ou mettre en œuvre un accompagnement des équipes pour l’accompagnement de personnes avec troubles psychiques. Dans ce cadre, les préalables/les prérequis ci-dessous ont été identifiés :

- Formation/sensibilisation des professionnels (aux troubles et à la prévention de certains risques),
- Adaptation et souplesse des pratiques d’accompagnement et dans l’organisation interne (exemple : adaptation du rythme de la journée pour éviter des temps
d’inactivité trop long pour certains résidents) ;
- Vigilance dans la cohérence éducative ;
- Diffusion et prise en compte des recommandations de bonnes pratiques.

  • Permettre une adaptation des locaux de certains ESMS pour ainsi faciliter l’accompagnement des personnes.
  • Optimiser les temps de psychologues pour renforcer leur temps de présence auprès des résidents et des professionnels.

​5. Accompagnement des personnes à domicile

  • En amont de l’intervention du service et suite à une hospitalisation : organiser une visite à domicile d’évaluation ou un temps de rencontre qui associe, outre le responsable du service, l’aide à domicile, l’aidant familial ainsi que le partenaire professionnel prodiguant des soins (équipe psychiatrique) ou tout autre professionnel apportant son appui (SAVS/SAMSAH, représentant légal, etc.).
  • Mettre en place des temps d’analyse de la pratique et/ou de supervision.

​6. Coopération avec le secteur de la psychiatrie

  • Définir le cadre général de cette coopération pour l’ensemble des ESMS et le secteur de la psychiatrie avec les autorités (idée d'un groupe de travail par pays) en intégrant l’ensemble des champs (PA/PH/Protection de l’Enfance/protection juridique).
  • En amont de ce groupe de travail, prévoir au préalable un état des lieux par ESMS et par services de psychiatrie sur les attendus, points forts et points faibles de la coopération actuelle.
  • Renforcer les échanges entre les ESMS et le secteur de la psychiatrie :

- Améliorer la connaissance des acteurs par secteur, par exemple, mettre en œuvre des périodes de stages croisés au sein des services de psychiatrie et des structures médico-sociales, notamment en cas de changement de responsables.
- Définir l’objet de la coopération et ses modalités, prévoir notamment une définition partagée de la notion d’urgence et de situation complexe.
- Définir les modalités concrètes du travail conjoint entre les professionnels des 2 champs pour l’orientation de personnes, notamment :
o Intervention en appui auprès des équipes pour aider dans l’adaptation des pratiques et des soins.
o Echanges dans le cadre de « suivis conjoints ».
o Orientation de patients hospitalisés vers les ESMS. Ces échanges pourraient, en partie, être réalisés dans le cadre des CLSM.

Pour le champ des personnes âgées :

  • Développer les possibilités d’intervention du service de gérontopsychiatrie au sein des EHPAD (télémédecine).
  • Communiquer sur l’existence de ce service et ses missions.